Apr 03

Motorized boats stir up problems for BC’s salmon rivers

Rivière à saumonDeux textes législatifs fédéraux gouvernent les activités sur nos rivières, nos lacs et nos eaux côtières :
1) la Loi sur la marine marchande du Canada, qui concerne la surface des eaux navigables et la protection des droits de navigation;
2) la Loi sur les pêches qui protège les milieux marins sous la surface des mêmes eaux. Mais malgré le fait qu’elles s’appliquent aux mêmes eaux, sur et sous la surface, les deux lois ne sont pas liées. En d’autres mots, le présent cadre législatif ne permet pas de définir les paramètres des activités des embarcations motorisées sur une voie navigable précise, en se basant sur leurs conséquences sur l’habitat marin.

En fait, peu importe les défis liés à l’environnement ou aux collectivités, d’une voie navigable à une autre, les enjeux législatifs demeurent les mêmes, laissant les collectivités canadiennes sans moyen pour protéger leurs intérêts environnementaux ou communautaires respectifs.


Les rivières à saumons écosensibles de la Colombie Britannique ne sont pas protégées

Durant les trois dernières décennies, il y a eu une augmentation spectaculaire du nombre de plaisanciers sur les voies navigables de la Colombie Britannique. Le temps où l’on apercevait le pêcheur occasionnel sur son petit bateau avec un moteur hors bord est bel et bien révolu.

Dans la province, lacs et rivières, grands et petits, sont fréquentés par des embarcations de plus en plus imposantes, rapides et puissantes. Il faut souligner que le loisir est une activité très importante en Colombie Britannique. Alors que l’augmentation de la circulation sur les grands lacs de la province est la cause de nombreuses préoccupations en matière de sécurité, c’est sur les petits lacs et rivières que les effets néfastes sur l’environnement sont les plus évidents.

Des études datant des années 1950 (Lagler et coll.) faisaient déjà état des effets néfastes de l’érosion causée par les bateaux sur les rives, les plantes aquatiques et les animaux. Lagler a déterminé que l’utilisation prolongée d’un moteur hors bord dans une profondeur de 75 centimètres, et l’utilisation d’une hélice à 35 centimètres du fond, détruira toutes les plantes et tout le limon qui s’y trouvent, sur une étendue d’un mètre et demi. Dans les six décennies suivantes, des études menées aux États-Unis et au Canada ont démontrées, les unes après les autres, que l’utilisation des bateaux dans une profondeur de moins de deux mètres endommage invariablement l’écosystème aquatique.

L’effet d’érosion créé par les vagues des bateaux est bien documenté. Dans les études, trop nombreuses pour être toutes rapportées ici, il est démontré que les vagues des bateaux provoquent l’érosion du littoral et perturbent les mammifères marins et le gibier d’eau , alors que le bruit causé par ces mêmes bateaux les chassent hors de leurs nids. Ces perturbations font également disparaître les rares ressources dont les oiseaux ont besoin et pourraient, à terme, entraîner une importante diminution de cette faune.

La Colombie Britannique a la chance d’avoir des centaines de rivières et de ruisseaux où vivent les saumons. Des centaines de milliers d’alevins de saumon vivent dans ces eaux peu profondes avant de dévaler la rivière vers l’océan Pacifique. Mais l’arrivée d’embarcations à propulsion hydraulique permet maintenant à des bateaux très puissants de se déplacer à très haute vitesse dans ces environnements marins écosensibles où l’eau est peu profonde.

Un fabricant de bateaux de la Colombie Britannique offre un modèle portant le nom de « Extreme Shallow » conçu pour le plaisir en « eau très peu profonde », et qui peut naviguer dans une profondeur d’aussi peu que cinq pouces. Les turbines de ces bateaux à propulsion hydraulique peuvent pomper de 3 000 à 4 000 gallons d’eau par minute.

Les conséquences? Les alevins de saumon, et les insectes aquatiques qui constituent leur source première de nourriture, sont écrasés et rejetés sur le rivage. Des conséquences semblables sont également associées à d’autres types d’embarcations motorisées qui génèrent de grosses vagues, affectant ainsi ces rivières écologiquement fragiles où vivent les saumons. Et malgré l’existence de ces études datant de plus de 60 ans, les communautés riveraines demeurent totalement impuissantes en l’absence d’un cadre législatif moderne et actuel.

Même si le guide de sécurité nautique de Transport Canada stipule que la vitesse doit être limitée à 10 km/h à moins de 30 mètres de la rive, ces directives, qui font appel au sens commun, devraient également s’appliquer à nos rivières, puisque la plupart de celles-ci ont moins de 30 mètres de largeur. Cette règle du 30 mètres limiterait et obligerait donc les bateaux à se déplacer à une vitesse réduite dans la majorité des eaux intérieures.

Le cadre législatif empêche les solutions constructives

La Loi sur la marine marchande du Canada, administrée par Transport Canada, doit s’assurer qu’il n’y a pas d’entrave à la navigation et que le transport maritime est effectué de manière sécuritaire. Non seulement cette Loi ne convient pas et ne vise pas la protection de l’environnement, mais en plus, Transport Canada exige que toutes les mesures non réglementées soient examinées avant qu’une entité puisse déposer une demande pour l’obtention d’une solution législative. À cet effet, Transport Canada encourage le collectivités à s’en tenir à un code de conduite volontaire avec près auprès de 100 % d’adhésion. Cette exigence est une source de conflits insolubles à travers le Canada parce que peu de collectivités sont en mesure d’obtenir le consensus requis et le respect volontaire nécessaire pour qu’un tel code de conduite puisse s’appliquer efficacement.

Par conséquent, les élus municipaux et les organismes communautaires ne sont pas en mesure de s’attaquer au problème ou ne le veulent simplement pas. Ils anticipent un processus compliqué et possiblement controversé, lequel qui peut prendre des années avant l’obtention d’un résultat plus ou moins intéressant et qui, trop souvent, oppose les riverains les uns contre les autres dans une lutte sans fin.

Le deuxième texte législatif, la Loi sur les pêches, administré par le ministère des Pêches et Océans (MPO) a été créé en 1867 et demeure, à ce jour, l’un des plus anciens textes de loi du Canada. Même si son mandat est de conserver et de protéger les ressources halieutiques dans toutes les voies navigables du Canada en protégeant l’habitat marin, il ne traite aucunement de la circulation des bateaux qui peuvent avoir d’énormes conséquences sur cet habitat.

Il est donc adéquat d’affirmer 1) qu’aucune de ces deux lois ne peut être utilisée pour s’attaquer aux problèmes que pose la navigation moderne dans les communautés à travers le pays et 2) qu’il faut élaborer un nouveau cadre législatif qui définira les paramètres des activités nautiques en se basant sur les tolérances de l’habitat marin propres à chacune des eaux navigables et déterminées par des normes sur le plan scientifiques incontestables.